logo
Les Verts 41
Confédération écologiste - Parti écologiste - Loir-et-Cher
[ Sommaire ] [ Les Verts 41 ] [ Espace Partenaires ] [ Actualités ]
La presse Elections Vie du Mouvement Dossiers et documents Paroles de Verts Rencontres/Actions Espace coopératif et libre Europe
Recherche
Dans la même rubrique :
- La démocratie participative, enjeux et limites.
- Haïti, volonté citoyenne…
- La Dette
 Dossiers et documents >

22 décembre 2006

Florent Grospart s’en rendu en Haïti en novembre dernier pour travailler sur les outils de Démocratie participative.

Perceptions d’un voyage en Haïti

En arrivant à Port au Prince, la sensation de déphasage est réelle. L’insécurité palpable aveugle de toute autre considération. Comme trop souvent, la conséquence parce que visible et ultra-présente cache la cause réelle et déforme la compréhension. On oublie alors que l’insécurité est une des conséquence (la plus dure certainement) de la réalité sociale. Petit à petit, jours après jours, rencontres après rencontres, l’analyse s’affine, le pays se découvre. L’insécurité reprend alors sa place et sa réalité pour redevenir ce qu’elle est en fait : l’insécurité sociale.

Lorsqu’en Europe, on a tendance à oublier que l’inverse de la sécurité sociale est l’insécurité sociale, Haïti nous le rappelle implacablement, démesurément, violemment.

La violence revêt un élément majeur : l’insoumission. C’est cet élément, cette énergie qui nous fait mieux mesurer la force du pays, la conviction de ce peuple. Un des tout premiers insoumis nous dit qu’il le reste malgré tout…

Même si mon regard d’européen voit la pauvreté, la souffrance, la peur parfois, mon esprit ne peut se cacher du combat qui fait rage, le combat d’un peuple qui se cherche en sachant ce qu’il ne veut pas, le combat d’hommes et de femmes qui aiment leur pays, qui font des projets et qui sont à juste titre fiers d’être de « ce pays là ». L’universalisme des rapports de force endosse ici un visage souvent caricatural, coupé au couteau.

Chaque corps y semble excessif. Les politiques y sont tantôt plus corrompus tantôt plus utopistes, la société civile y est plus folle d’espoir et à la fois plus défaitiste, le peuple plus violent de par sa souffrance,plus en fuite de par sa condition mais aussi plus spontané dans ses réactions.

Oui, l’époque que traverse Haïti est noire. Ballottée entre des puissances qui n’ont eu cesse de la vider, de la presser, on est en droit de se demander pourquoi le pays n’a pas encore plié l’échine. La réponse reste invariable, universelle : la culture. L’histoire du pays est bien trop riche pour ne pas fabriquer les marques indélébiles de la juste fierté, d’une grande culture.

S’étendre sur les problèmes me semble vain et un listing en deviendrait vite morbide.

Il est d’autant plus appréciable de voir à quel point le forum et les organisateurs se concentrent sur les remèdes plutôt que sur le mal. Un pays en construction est un pays en avenir. Cette volonté farouche de trouver des solutions est d’autant plus marquée qu’elle contredit le discours défaitiste et passif de la plupart des politiques et des organisations internationales.

La valeur d’une nation réside dans la capacité de son peuple à faire émerger de grands hommes dans les plus noirs moments de son histoire. Parce qu’enraciner dans cet insoumission fondatrice, Haïti n’est pas à l’agonie, Haïti est bien en combat.

Ces deux jours de forum furent une parenthèse d’échanges, de réflexions, de démocratie ou se sont posées les frustrations des uns, les regrets des autres mais aussi et surtout les espoirs de beaucoup. Espoirs que leur Pays n’oublie pas, espoir que leur Pays ne se désengage pas de la première mission de tout Etat : la justice et à travers elle l’équité. Il n’est pas innocent que ce fondement du « vivre ensemble » soit la pierre angulaire choisie par la société civile pour (re)construire la légitimité de l’Etat. Les bases de cette construction sont exigeantes, le choix d’utiliser l’outil de la Démocratie Participative est à la fois exemplaire, complexe dans sa mise en oeuvre et nécessaire car c’est le seul qui permette la pérennisations de toute la démarche.

Le forum de la justice est devenu l’espace incontournable de ce changement, la charnière des aspirations et chacun, plus ou moins consciemment l’a ressenti. Tous étaient là, pas seulement pour délivrer leur message mais aussi pour écouter, apprendre. En cela, le forum a passé une étape, à ouvert une porte lourde de sens et d’avenir. Quel sens et quel avenir ? Cela, nous le verrons, mais le passage est ouvert et c’est à tous d’utiliser cette opportunité… ou d’en faire un nouvel acte manqué…

Je suis venu à Haïti pour partager et je ne suis pas déçu. Partager engage les deux partis, ils doivent jouer le jeu, se donner et accepter de recevoir. Les gens que j’ai pu rencontrer ont joué ce jeu exigeant. Je les en remercie très sincèrement. Je repars en voulant revenir, je repars plus riche d’Haïti.

Florent Grospart.


Imprimer
Plan du site - Site conçu avec SPIP - design de Leriche L. - Contact Webmaster - Administration