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Thèmes :
justice
Vendôme

5 décembre 2009

réforme carte judiciare

L’oraison du plus mort est toujours la meilleure

Hommage au tribunal de Vendôme

Après 3 siècles de loyaux services,le tribunal ferme ses portes.

Proposée comme un moyen de faire des économies, une rapide réforme de la carte judiciaire supprime elle aussi l’un de nos services de proximité, organes d’une vie locale pleine de cohésion s’effaçant comme une peau de chagrin dans un silence assourdissant. Les Verts accompagnés de vigilants citoyens se demandent si "les moyens en justifient la fin", et si tout ce qui fonde la République et renforce le corps social ne doit être estimé et revu qu’à l’aune de l’argent. L’activité d’un tel tribunal concerne souvent les plus démunis, ceux qui parfois peinent à joindre les deux bouts… que de difficultés supplémentaires de placer la justice si loin - « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour … » - et que d’incohérences avec le Grenelle de l’Environnement porte cette centralisation d’un autre âge. La vie de notre cité s’en trouve appauvrie. Tristesse et colère d’avoir à subir ces réformes creusant l’inégalité devant l’accès au droit, avec une justice négligée, lointaine, de plus en plus exsangue et qui peine à sauver son indépendance. Aujourd’hui, notre tribunal s’en va, nous ne pouvions le laisser partir sans un dernier hommage… une dernière oraison.

Les Verts Vendômois et quelques amis.

Grospart Florent - Leriche Laurent

Merci à Bossuet de son aide et inspiration [1]


Le Glaive de la justice n’a pas de fourreau. Que dis-je ! le glaive de la justice n’a plus de fourreau !

Ô vanité ! ô néant ! ô mortels ignorants de leurs destinées ! Le tribunal d’instance de Vendôme l’eût-il cru, il y a deux ans ? Et vous, mesdames et messieurs, eussiez-vous pensé, pendant qu’il jugeait tant de petits et grands drames en ce lieu, qu’il dût si tôt vous y rassembler pour le pleurer lui-même ? Tribunal d’instance, le digne objet de l’admiration de deux ou trois cantons, n’était-ce pas assez que Vendôme s’inquiétât de votre sort, sans être encore réduit à pleurer votre mort.
Vanité des vanités, et tout est vanité ! C’est la seule parole qui me reste ; c’est la seule protestation que me permet, dans une réforme si étrange, une si juste et si sensible colère.

Pourtant le sentiment d’injustice ne suffira pas à vaincre l’injustice.

Aussi n’ai-je point parcouru les livres républicains pour y trouver quelque texte que je pusse appliquer à ce tribunal. J’ai pris, sans étude et sans choix, les premières paroles que me présente l’Écclésiaste, où, quoique la vanité ait été si souvent nommée, elle ne l’est pas encore assez à mon gré pour le dessein que je me propose. Je veux dans un seul malheur déplorer toutes les calamités d’une politique, et dans une seule mort faire voir la mort et le néant de toutes les institutions de proximité. Ce texte, qui convient à tous les états et à tous les événements de notre vie nationale, par une raison particulière devient propre à mon lamentable sujet ; puisque jamais les vanités d’une politique n’ont été si clairement découvertes, ni si hautement confondues.
Non, après la réforme que nous venons de voir, le bon fonctionnement n’est qu’un nom, la vie locale n’est qu’un songe, la bonne réputation n’est qu’une apparence, les sentences et les jugements rendus ici ne sont qu’un dangereux amusement : tout est vain en nous pour le pouvoir central.

Demain, le petit vainqueur affirmera alors l’Etat c’est moi.

Considérez, Mesdames et Messieurs, ces tribunaux que nous regardons de si bas. Pendant que nous tremblons sous leur main, le gouvernement les frappe pour nous avertir. Leur élévation en est la cause ; et il les épargne si peu, qu’il ne craint pas de les sacrifier à l’instruction du reste des hommes.
Vendômois, ne murmurez pas si notre tribunal a été choisi pour nous donner une telle instruction. Il n’y a rien ici de rude pour lui, puisque, comme il est dit aux naïfs, les puissants qui veulent nous faire plier le sauve par le même coup qui nous instruit.
Nous devrions être assez convaincus de notre néant : mais s’il faut des coups de surprise à nos cœurs enchantés de l’amour d’une petite ville, celui-ci est assez grand et assez terrible. Ô année désastreuse ! ô année effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : le tribunal d’instance se meurt ! (La poste aussi !) Le tribunal d’instance est mort !

Le tribunal, les classes d’écoles, demain tout un cortège de fantômes…

Quel justiciable ne se sentit frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa maisonnée ? Au premier bruit d’un mal si étrange, on accourut sur le parking Rochambeau de toutes parts ; on trouve tout consterné. Partout on voit la stupeur et la colère, Partout on entend des protestations et le silence d’une salle d’audience désaffectée.

Si on étouffe les clameurs, comment se venger du silence ?

Le maire, les conseillés municipaux, les édiles,

… les commerçants, les artisans, les mises sous tutelles, les surendettés, les bailleurs, les locataires, les mauvais payeurs, les chauffards, nos voisins…

tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l’accomplissement de cette parole du prophète : la ville pleurera, le Vendômois sera désolé, et les mains tomberont au peuple de rancœur et d’écœurement.

Il ne manquerait plus qu’on demande à la mairie des locaux pour recueillir les conciliateurs, les éducateurs ou le personnel du ministère de la justice… laissés sans abri.

Mais et les édiles et les populations gémissaient en vain ; en vain les citoyens, en vain Mesdames les greffières tenait le tribunal d’instance serré par de si étroits embrassements. Alors elles pouvaient dire l’une et l’autre, avec saint Ambroise : "je serrais les bras ; mais j’avais déjà perdu ce que je tenais".
Le tribunal leur échappait, et la réforme plus puissante nous l’enlevait de ses peu loyales mains. Quoi donc ! il devait disparaître si tôt ! Dans la plupart des pays les changements se font peu à peu, et la disparition les prépare ordinairement à son dernier coup. Le tribunal d’instance cependant a passé d’une année à l’autre, ainsi que l’herbe des champs. Une année, il fleurissait ; avec quelles grâces, vous le savez : l’année suivante, nous le vîmes séché, vide ; et ces fortes expressions, par lesquelles les médias exagèrent l’inconstance des choses politiques, devaient être pour ce petit tribunal si précises et si littérales !

L’oraison du plus mort est toujours la meilleure


[1] Oraison funèbre de Henriette-Anne d’Angleterre — Bossuet


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