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23 juin 2009

Primaire ouverte à gauche

Lettre d’une écologiste pour construire l’espoir

Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts.

Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, répond à Arnaud Montebourg sur la question d’une primaire ouverte à l’ensemble de la gauche, débat qu’elle juge « dangereux ». Elle pose d’autres priorités pour rénover la vie politique française.

[paru dans Mediapart : http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/230609/lettre-d-une-ecologiste-pour-construire-l-espoi]

Dans sa réponse à la lettre d’Edwy Plenel, Arnaud Montebourg propose comme principale réforme aux enjeux qui nous attendent l’instauration d’une primaire populaire ouverte à l’ensemble de la gauche.
Si tentant qu’il soit, notamment pour les esthètes des procédures que sont souvent les politiques, ce débat m’apparaît en l’état inopportun, voire dangereux. La vie politique française a en effet trop souffert de sa présidentialisation et de sa personnalisation, les querelles de personnes prenant trop souvent le pas sur les débats de fonds.

La campagne d’Europe écologie nous l’a démontré, un casting n’est jamais suffisant. Les participants d’Europe écologie ne se sont pas rangés derrière un chef de file : ils se sont d’abord retrouvés autour d’un projet. Mais c’est bien parce que ce projet avait été suffisamment travaillé et clairement défini qu’Eva Joly, Daniel Cohn-Bendit, José Bové ont pu ensuite en être de formidables porte-parole et dérouler un message européen et écologiste commun.
Se concentrer sur la question du ou de la candidate et de sa désignation (primaires ouvertes, fermées, semi-ouvertes,…) en délaissant le travail sur le fond du projet serait une catastrophe. Un chef d’orchestre ne peut jouer sans sa partition.

Ces primaires risquent au contraire d’étouffer les enjeux idéologiques sous des querelles d’égo. Elles risquent également pour le Parti socialiste d’être une manière renouvelée d’imposer son hégémonisme à ses partenaires, au moment même ou sa prédominance est menacée.
Le but du parti socialiste ne doit pas être de caporaliser les écologistes mais de construire une alternative au projet sarkozyste, libéral et autoritaire, par nature anti-écologique.

Le chemin pour la victoire n’est pas à chercher dans la façon dont le casting s’effectuera. Il faudra d’abord élaborer les bases communes qui rassemblent l’ensemble des opposants à la politique actuelle. Car primaires ou non, les retrouvailles entre le PS et le reste de la gauche et des écologistes ne pourront se faire entre les deux tours de la présidentielle.

Pour élaborer ces bases communes, nos échanges ne peuvent se limiter à une unité de façade régulièrement ripolinée à coups d’appels communs sans lendemain ou de réunions unitaires d’affichage. Au mois d’octobre dernier nous tirions le bilan de l’échec du Groupement de la gauche et des écologistes (Glege), qui n’évoquait jamais les questions de fonds et préférait les vagues communiques communs. Nous proposions alors dans une lettre ouverte aux partis de gauche une démarche pour construire un projet alternatif. Le seul à nous avoir alors répondu est le parti communiste français qui nous a proposé une réunion bipartite.

Les chantiers sont pourtant nombreux. Sans vouloir être exhaustif, quatre s’imposent. Sur chacun de ces enjeux, il reste pour l’instant difficile d’élaborer une base commune entre la gauche et des écologistes :

1. L’URGENCE ENVIRONNEMENTALE

La gravité de la crise climatique et de ces causes humaines est désormais indéniable. Malheureusement les programmes environnementaux de la quasi-totalité des partis politiques (Modem, UMP, PS, Front de gauche confondus) aux dernières européennes étaient identiques : objectifs ambitieux affichés en matière de réduction de gaz à effet de serre, mais absence de mise en œuvre de politiques conséquentes pour les atteindre ; flou maintenu sur une taxe carbone (à laquelle nous préférons la contribution énergie-climat), avant tout destinée à être un outil de protectionnisme ; absence des thématiques de biodiversité (alors que nous sommes dans la sixième grande vague d’extinction des espèces), de lutte contre les pollutions de l’air ou de l’eau, du nucléaire, des maladies du mode de vie,…

Les questions environnementales étaient également absentes des interventions des principales personnalités politiques, il est vrai peu à l’aise sur ces enjeux. Mais pourquoi attendre le lendemain des élections pour parler d’environnement alors que la question est l’une des attributions majeures de l’Union européenne ?

2. LA CROISSANCE CONTRE LE DEVELOPPEMENT

Toutefois cette urgence environnementale ne pourra être résolue si on ne repense pas le modèle de développement qui nous y a conduit. Il ne s’agit pas de défendre une illusoire croissance verte à laquelle ne peuvent se raccrocher que les vieux productivistes. Il s’agit de proposer un nouveau mode de développement délié de la question du sacro-saint PIB.

Il est donc nécessaire d’adopter de nouveaux indicateurs de richesses. Mais il faut également que la gauche cesse de vouloir reproduire les vieilles recettes des années 70-80 qui ont fait ses succès d’entant.
Comment le PS peut-il au XXIe siècle présenter un plan de relance uniquement axé sur la relance de la consommation, quand l’enjeu est justement de sortir de cette société de consommation ?

Il est urgent également de repenser l’avenir de certaines filières industrielles. Il ne faut pas faire avec l’automobile ce qui a été fait il y a 30 ans avec la sidérurgie : subventions massives, plans sociaux successifs, mort lente programmée masquée par de grands discours enflammés sur le sauvetage de la dite filière. L’enjeu ici n’est pas de sauver les voitures, mais de permettre aux salariés de l’automobile d’être les salariés de la mobilité de demain en leur assurant un revenu de (trans)formation.
La conversion écologique de l’économie doit être une priorité. Cela est valable également pour la chimie, l’agriculture,… Cela nécessite également de repenser l’ensemble de la fiscalité, qui doit être plus écologique et plus juste.

3. UN NOUVEAU PACTE SOCIAL

De la même façon qu’on ne pourra sauver la planète sans réflexion sur notre modèle de développement, les Verts ont toujours refusé de séparer les questions sociales et environnementales.
La matrice de l’écologie politique est bien de lier l’ensemble des questions. Sur une planète où 20% des habitants accaparent 80% des ressources, et où ces ressources sont de plus en plus limitées, la question de la redistribution des richesses est fondamentale. Cela passe par une modification des rapports Nord-Sud. Cela passe également par une lutte des inégalités dans les pays riches. Il faut repenser les différents minima sociaux en faveur d’un revenu universel et d’un revenu maximum soutenable.

L’un des axe important de cette redistribution des richesses reste la question du partage du temps de travail. Pendant plusieurs mois, les écologistes étaient souvent les seuls à se scandaliser de la défiscalisation des heures supplémentaires, qui fait que la France est l’un des seuls pays au monde où l’heure supplémentaire coûte pour le patron moins cher que l’heure normale. Comment accepter qu’une partie des salarié-e-s soit sous-pression tandis qu’une autre ne trouve pas de travail ?

Pour lutter contre ces inégalités, il faudra également repenser certaines bases de notre société.
Exemple, comment la gauche peut-elle accepter de maintenir en l’état un système éducatif aussi inégalitaire et élitiste ?
Pourquoi les Français font-ils si massivement appel à l’école privée par rapport aux autres pays occidentaux ?
Comment se satisfaire d’un enseignement supérieur divisé entre une minorité choyés dans des Grandes écoles quand la majorité des étudiants est reléguée dans des universités paupérisées ?
Il est temps d’en finir avec un système pyramidal, hérité d’une IIIe République bourgeoise et élitiste. Il faudra également combler le fossé générationnel en faveur d’une jeunesse majoritairement déclassée, qui n’a d’autre espoir que de naviguer entre stages et emplois précaires, tout en devant résoudre les problèmes que les générations précédentes lui ont laissés (crise environnementale, dette, retraites). Pourquoi ne pas refondre les multiples aides actuelles, qui empêchent l’étudiant d’acquérir son indépendance (allocations et quotient familial) en un vrai revenu d’autonomie étudiant.

Dans ce nouveau pacte social, les questions de sécurité ne sauraient être éludées. Il faut cesser de tomber dans un piège qui consiste à amalgamer sécurité et sécuritaire. Prévention et réinsertion ont été oubliées par la gauche depuis une décennie par peur de se voir taxer d’un angélisme qui n’a d’ailleurs jamais existé. Une politique de prévention ne peut plus se limiter à de coûteux et inutiles programmes de vidéo-surveillance. Une politique de réinsertion ne peut être sérieusement mis en place quand l’inflation carcérale est affolante et que la prison est devenue la voie de garage d’un état providence à bout de souffle. Notre police ne peut plus être dressée contre ses citoyens et les citoyens ne doivent plus être constamment dressés contre leur justice.

4. LA RENOVATION DEMOCRATIQUE

Les solutions aux crises que nous traversons ne trouveront de solutions que démocratiques. Quand on est persuadé, comme le sont les écologistes, de la gravité de la situation actuelle, il importe de ne pas attendre l’effondrement de l’humanité avant d’agir. Il faut être radical et réformiste. Mais les bases mêmes de notre démocratie doivent pour cela être rénovées.

La démocratie française souffre d’une présidentialisation de l’ensemble de la vie politique. La démocratie ne devrait pas se résumer à élire un nouveau monarque tous les cinq ans. Le Parlement doit être véritablement revalorisé, et enfin s’ouvrir à l’ensemble de la société. L’UMP/Nouveau centre et le PS qui n’ont rassemblé que 44% des votants le 7 juin, ne peuvent plus représenter à eux seuls 90 % des députés à l’Assemblée nationale. L’instauration du scrutin proportionnel, si souvent refusée par les partis hégémoniques, est un préalable indispensable et permettrait en plus d’éviter la caricature actuelle d’une Parlement monocolore, masculin (18,5% de députées), âgés (âge médian 58 ans), cumulard et absentéiste.

Le scrutin majoritaire aboutit à l’Assemblée comme dans les conseils généraux à la création de multiples petites baronnies qui s’auto-reproduisent et nuisent au débat d’idées. Il suffit de voir les conservatismes des professionnels de la politique autour de la question de la réforme des institutions locales et de la suppression, pourtant indispensable des cantons, pour s’apercevoir des maux dont souffre notre démocratie.
Les questions du cumul des mandats, du statut de l’élu, de la réforme de l’ensemble des instances démocratiques, de l’instauration de nouveau modes de gouvernances pour les services publics, de la citoyenneté de résidence sont vitales pour donner un nouveau souffle à notre démocratie, afin qu’elle puisse affronter les enjeux qui l’attendent.

Le travail à effectuer sera donc long.
Il est pourtant indispensable pour que l’ensemble de la gauche et des écologistes puissent un jour se retrouver derrière un projet de transformation sociale, pour que cesse la politique libérale et autoritaire qui nous mène dans le mur tout en accélérant constamment.

Cécile Duflot,
secrétaire nationale des Verts


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